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Athlétisme

JO RIO 2016 – Athlétisme – Duarte : « Si l’occasion se présente, je sais que je vais la prendre »

par La rédaction

Le compte à rebours a commencé pour Sophie Duarte. L’athlète du Team Caisse d’Epargne espère qu’un meeting sera organisé avant le 12 juillet pour réaliser ses minima olympiques au 5000m.

Vous faites partie du Team Caisse d’Epargne, en quoi est-ce important pour vous ?
C’est important pour moi dans le sens où ils ont lancé une dynamique positive autour des Jeux Olympiques. C’est une Team multisports. Nous sommes issues de plusieurs horizons, divers et variés, autour de valeurs communes.

Vous n’avez pas pu participer aux Championnats de France (Angers), en raison d’allergies, n’était-ce pas trop frustrant ?
Si, je vous avoue que c’est très frustrant de ne pas avoir pris le départ des « France » Elites surtout pour des raisons de santé auxquelles je ne peux rien, puisque ce sont des allergies au pollen. En ce sens, c’est vraiment très très frustrant de ne pas avoir eu sa chance pour avoir le titre en poche.

Quels ont-été les symptômes ?
J’ai ressenti dès le départ une grande fatigue. J’ai enchainé dix semaines d’entrainement avec des séances régulières à intensité élevée. Cela laissait à penser de belles perspectives pour le 5000 m. Et du jour au lendemain j’ai ressenti des difficultés respiratoires, un affaiblissement qui laissait à penser que ça devenait du surmenage, du surentrainement. Après j’ai bien compris qu’il y avait autre chose parce que c’était d’une asthénie (fatigue anormale)… des siestes qui pouvaient durer deux heures, trois heures, et en se levant : mal à la tête. C’est ce qui m’a poussé à consulter. Bien heureusement, on a vu que ce n’était pas moi mais une exposition trop importante au pollen.

Avez-vous soigné vos allergies au pollen ?
Je me suis soigné. A l’heure actuelle, j’ai décidé de fuir tout ça (rire) et de monter me préparer en altitude à Font Romeu, avec un air qui me convient parfaitement.

« J’ai fait un travail énorme en amont pour être prête. Le plus dur maintenant est de trouver la course avant le 12 juillet »

Comment se passe votre préparation pour le moment ?
Là, je fait des séances spécifiques de 5000m. J’ai retrouvé mes pleines capacités parce que je ne suis plus soumise aux allergènes (rire). Je donne une priorité à faire de l’endurance fondamentale, ce qui m’avait un petit peu manqué en bas puisque je me sentais très faible et fatiguée. Là pour l’instant tout se passe bien. Maintenant, ça se complique pour la course pour les Jeux puisque les dates limites (pour les minima olympiques) sont le 12 juillet.

L’altitude vous-a-t-elle aidée dans votre préparation ?
Carrément. Un athlète est venu me questionner en me disant : « Sophie tu t’adaptes très vite en altitude ' » Je lui ai dis « oui mais disons que j’ai beaucoup de difficulté en bas. » Ce qui explique que je revis et que depuis des années je suis très bien en altitude. Mais quand je redescendais, je pensais être, comme les scientifiques disent, une mauvaise répondante à la plaine du retour d’altitude. Mais pas du tout, j’étais tout simplement en symptômes d’allergies. Pour le moment, ça se passe très bien. Je suis de nouveau très confiante. J’ai fait un travail énorme en amont pour être prête. Le plus dur maintenant est de trouver la course avant le 12 juillet.

Le 12 juillet, cela laisse très peu de temps …
C’est la date limite, pour nous, pour le 5000m. Maintenant, il y des athlètes qui s’entendent pour faire une course. De toute façon, je ne suis pas un cas isolé, il y a beaucoup d’européennes qui recherchent encore des courses. Je suis en attente.

Pourquoi avoir choisi la ville de Font-Romeu pour votre préparation, est-elle particulière à vos yeux ?
Oui, en effet. J’ai l’habitude de me préparer sur Font-Romeu puisque c’est à deux heures de Balma, de Toulouse. C’est quand même aussi ma région. C’est un endroit où je me sens bien. Je connais les chemins, les parcours. Il y a aussi tout un équipement mis à disposition qui me permet de me préparer dans les meilleures conditions par le trek de Font-Romeu. En définitive, c’est toujours là où j’ai réalisé par la suite mes meilleurs résultats et performances. J’avais fini cinquième aux Championnats du Monde d’Osaka (Japon) à la suite d’un stage ici et j’avais conquis le titre de Champion d’Europe de cross en étant resté plus d’un mois et demi à Font-Romeu. C’est un site où je me sens bien.

« Quant à la perspective de trouver la course, je ne désespère pas mais je vais bientôt commencer »



Vous allez participer au semi-marathon (20km) du championnat d’Europe à Amsterdam (6-10 juillet), la mission principale est de réaliser les minima olympiques je présume …

Non, la mission principale sera de bien figurer. Les filles qui participent à ce semi-marathon sont celles qui seront sur marathon aux Jeux Olympiques. Moi, je suis dans une perspective d’une autre olympiade. Je ne vais pas m’arrêter demain de courir. Ça me permet de me tester sur des filles qui sont prêtes et qui s’orientent sur le marathon. En définitive dans cette préparation du semi-marathon, on peut retrouver des filles rapides, plus sur une orientation 5000-10000m, et des filles endurantes et donc du profil marathon. C’est très intéressant de voir où, moi, j’en suis, surtout que j’ai privilégié l’axe endurance fondamentale à Font-Romeu. Cela va avec une stratégie de se dire, on va faire une autre distance qui, pour moi, sera riche d’enseignement pour la suite. En revanche, c’est sûr que ce n’est pas le 5000m parce qu’il ne me permettrait pas de me qualifier. Dans le sens où ce sont des courses tactiques aux Championnats d’Europe. Il n’y aura pas de courses au chrono. Nous avons des minima de 15’20 (ndlr : 15’19“00) donc il faut absolument des courses rapides qui se trouvent essentiellement lors des meetings.

Vous sentez-vous confiante quant à votre participation aux JO de Rio (5-21 aout) ?
Au niveau de l’état de forme, je me sens très confiante. Quant à la perspective de trouver la course, je ne désespère pas mais je vais bientôt commencer. Parce que la date approche et les occasions n’ont pas été nombreuses. Le calendrier a été concentré pour le 5000m sur des courses qui ont eu lieu le 3, le 5 et le 7 juin, en pleine période où j’étais fatigué. Cela ne laisse pas à d’autres européennes, aussi, l’occasion de s’exprimer dans le cas où on aurait loupé ces dates. Dans la mesure où je ne suis pas la seule, semblerait-t-il et je le confirme, j’espère qu’il y aura une solution de date qui va se débloquer d’ici peu. On est toujours un peu dépendantes des meetings.

N’est-ce pas difficile à gérer mentalement ?
J’ai envie de dire que le plus compliqué aura été de ne pas être en forme début juin. D’être très fatigué à ce moment-là et de se dire : « bah c’est fini. » Alors que finalement, ce n’était pas physiquement que je n’étais pas là. Ce n’était qu’un problème accidentel dans le sens où je n’aurais jamais dû rester en plaine avec mon groupe d’entrainement. J’aurais dû peut-être privilégier l’altitude par rapport à ce problème. Moi je sais que physiquement je suis prête et je suis dans les clous. Le plus dur c’est ça. C’est de ne pas être au départ d’un 5000m parce que tu n’arrives plus à respirer, parce que tu as ce problème. C’est ça le plus frustrant. Maintenant, le plus dur n’est pas passé mais si l’occasion se présente, je sais que je vais la prendre.

Si vous allez à Rio, quels objectifs vous fixerez-vous ?
Très honnêtement, je crois que le contexte mondial, au niveau de l’athlétisme, est très compliqué. Il y a une archi-domination des Kenyanes et de l’ensemble des athlètes des pays de l’Afrique, sur le 5000m en l’occurrence. Mais à la fois, il y a toujours des surprises. J’ai déjà participé à des Jeux Olympiques à Pékin, sur du 5000m steeple, sur du encore plus court et encore plus dominé par les Africains, tout est possible. Je suis à un âge où il y a une tendance vers le marathon où c’est beaucoup plus ouvert pour faire une place de finaliste. La lutte anti-dopage fait aussi qu’il y a des chances plus accrues. Je suis très lucide en disant que je vais aux JO pour passer le cap des séries. Pas pour conquérir une médaille parce que je suis très loin de ce qu’il faudrait avoir et faire pour.

Après les Jeux, vous aurez 35 ans, combien de temps vous voyez-vous encore en course ?
La passion est là, le physique aussi. J’ai eu, évidemment, des soucis de blessures comme tous les athlètes. Le demi-fond et le fond sont des disciplines à maturité tardive comme on le voit avec Christelle Daunay (ndlr : détentrice du record national du marathon) qui a 41 ans. On a une anglaise qui a été championne d’Europe à 42 ans. Moi je me vois encore sur une olympiade. Je vois quatre ans encore. C’est une gestion au quotidien. Une gestion avec ses partenaires de famille parce que c’est aussi des choix. Il y a aussi des questions de devenir maman. Je crois qu’on doit être intelligent dans la programmation de ses objectifs, qui vont aussi avec la gestion de sa vie familiale. Je crois que c’est une chance d’être en capacité de faire des courses ou d’avoir ce genre de résultats. Se donner la chance de pouvoir continuer le plus longtemps possible est important pour moi.

Et après votre carrière ?
J’ai déjà entamé pas mal de choses. Je travaille beaucoup avec mes partenaires. Notamment pour l’expansion de gamme avec des produits comme Kalenji où on a développé des pointes d’athlétismes pour monsieur et madame tout le monde. Je mets mon expertise au profit des partenaires. Le sport est aussi est élément de cohésion d’entreprise. Ce sont des choses que je fais au quotidien. Ce n’est pas l’après-carrière mais je le fais en plus de mon activité. 

Que souhaitez-vous absolument accomplir avant de mettre un terme à votre carrière ?
Il y a plusieurs choses. Déjà, c’est encore évoluer sur le 5000m et le 10km. Je suis certaine que je peux battre mes records. C’est aussi, obtenir des médailles au niveau français mais également au niveau européen, continental. Accrocher une deuxième médaille d’or à mon palmarès en cross (country). Ça veut dire aussi des titres de championne de France encore sur d’autres disciplines. Et courir un marathon en moins de 2 :30 parce que Paris ça s’était bien enclenché mais il y a eu cette blessure au 32e (km) qui m’avait bien pénalisé l’année dernière. Après, il y d’autres défi. J’aime me faire plaisir sur des défis.